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Pesticide sans déclaration

En travaillant sur une étude, les scientifiques ont trouvé des substances non déclarées dans quatorze pesticides librement disponibles dans l’UE, qui sont tous aussi toxiques ou plus toxiques que le “glyphosate”. Les quantités trouvées dépassent les seuils de toxicité définis par les autorités sanitaires internationales. Les auteurs de l’étude parlent de" fraude", près de 120 membres du Parlement européen accusent l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) responsable des approbations des défaillances et exigent des mesures urgentes.

Il ne s’agit pas “seulement” de " glyphosate"

Le débat sur la nocivité des pesticides est dominé depuis des années par les débats sur le désherbant “Roundup”, commercialisé par Bayer AG (anciennement Monsanto), et le composé chimique “Glyphosate” qu’il contient. Pas étonnant, car le “glyphosate” est l’ingrédient le plus important des herbicides dans le monde.

Cependant, la question de savoir si le “glyphosate” produit un cancer ou peut favoriser la production de cancer est toujours controversée. Bien qu’il existe de nombreux signes provenant de divers domaines d’application, plusieurs tribunaux américains et le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) le classent comme “probablement cancérigène”. D’autres organisations et autorités, y compris, par exemple, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), arrivent à la conclusion inverse, en partie en raison de méthodes d’évaluation différentes. Et divers scandales dus à des études financées par l’industrie et à des autorités négligentes, qui en avaient simplement copié lors de l’approbation de la substance active, n’ont guère aidé à mettre fin au hickshacking autour du “glyphosate”. Après tout, les produits contenant du glyphosate ont maintenant été interdits dans certains pays. D’autres suivront, mais la Suisse n’en fait pas encore partie.

Tout aussi toxique ou plus toxique que le " glyphosate"

La discussion sur le “glyphosate” est importante – mais elle prend trop de place dans la lutte contre les poisons contenus dans les pesticides nocifs pour l’homme. Oubliez trop facilement d’autres produits au moins aussi nocifs, sinon nettement plus nocifs. Fin novembre 2020, les biologistes Gilles-Éric Séralini et Jungers Gerald ont publié une étude dans la revue scientifique “Food and Chemical Toxicology” dans laquelle ils ont examiné les molécules qui composent quatorze pesticides ou herbicides à usage général. Tous les produits testés sont certifiés sans “glyphosate” et sont disponibles sur le marché européen sans restrictions. Une promenade jusqu’à la jardinerie suivante suffit.

Les résultats résumés de l’étude: Les produits étudiés (Monsanto, Compo, Jade, Target, Bross) contiennent tous d’autres ingrédients tout aussi toxiques, voire plus toxiques que le fameux “glyphosate”. Les substances trouvées, y compris les résidus pétroliers cancérigènes tels que le benzo (a) pyrène ou les métaux lourds tels que le plomb, le nickel, le silicium, le zinc, le titane ou l’arsenic, ont été détectées en quantités dépassant les seuils de toxicité définis par les autorités sanitaires internationales.

“Ces différentes quantités de produits chimiques toxiques non déclarés violent les réglementations de l’Union européenne sur les pesticides et peuvent avoir des conséquences sur la santé et l’environnement, en particulier avec une exposition à long terme”, écrivent les chercheurs dans leurs travaux. “C’est une découverte potentiellement explosive pour le marché de la protection des cultures et les autorités qui le réglementent”, commente les médias français, qui ont été les premiers à rendre compte de l’étude.

“Autorité de contrôle a échoué”

Le 25 février, près de 120 membres du Parlement européen ont réagi aux travaux scientifiques. Ils ont demandé à l’Autorité européenne de sécurité des aliments (ETSA), chargée d’approuver ces produits chimiques, de tester correctement les quatorze pesticides concernés pour détecter les substances toxiques.

Selon les députés, l’ETSA a échoué en tant qu’autorité d’autorisation car, dans le passé, elle ne prenait pas en compte des substances autres que le “glyphosate” ou l ' “effet cocktail” résultant de la combinaison de différentes molécules. Cependant, un arrêt de la Cour de justice européenne en 2019 a obligé l’ETSA à ne pas limiter ses évaluations à des substances actives individuelles telles que le “glyphosate”, mais également à les analyser avec les composés qui apparaissent lors du mélange d’un produit. “Les procédures conduisant à l’autorisation d’un produit phytopharmaceutique doivent inclure, outre l’évaluation des substances actives elles-mêmes, une évaluation des effets cumulatifs de ces substances et de leurs effets cumulatifs avec d’autres composants de ce produit”, selon l’arrêt de la Cour de justice européenne d’octobre 2019.

Dans une lettre, les parlementaires de l’UE critiquent le fait que “l’ETSA n’applique pas correctement la méthode prescrite par le législateur européen.“Ils demandent à l’ETSA de prendre également en compte” l’effet cocktail " dans les procédures d’approbation, à commencer par le processus d’approbation ou de renouvellement d’une substance active déclarée. Ils appellent également l’autorité européenne à “assurer la publication des données brutes, des articles et des références sur lesquels l’EFSA fonde ses évaluations”.

“C’est de la triche”

Gilles-Éric Séralini, co-auteur de la publication scientifique, parle de” fraude " car les pesticides et insecticides sont vendus sans aucune indication de leur toxicité. ETSA est bien conscient que “les fabricants ne déclarent pas la composition complète de leurs produits”. C’est une “concession scientifique”.

En attendant, neuf organisations environnementales françaises ont réagi: début décembre, elles ont déposé plainte pour"fraude à l’étiquetage, mise en danger de la vie d’autrui et atteinte à l’environnement".

L’autorité renvoie la balle aux États membres

Lorsque les parlementaires ont posé des questions à l’EFSA à ce sujet, elle a également envoyé ses réponses aux médias. Dans le communiqué de presse, elle souligne que la législation européenne sur les pesticides l’oblige à évaluer “les ingrédients actifs isolés et les formules non pesticides”. Lorsque le magazine en ligne français “mediapart” s’est référé à l’arrêt de la Cour de Justice européenne, les journalistes n’ont pas reçu de réponses aux questions posées.

Pour l’évaluation des formules de pesticides, l’Autorité européenne de sécurité des aliments a ensuite renvoyé la balle aux différents États membres. Ils ont le pouvoir d’accorder ou de refuser une autorisation au niveau national. Cependant, la question de la réglementation européenne des pesticides est d’une importance cruciale, car elle détermine en grande partie la politique nationale en matière de pesticides. Les autorités compétentes en matière de réception des États membres se fient souvent aux avis de l’ETSA pour leurs approbations. Un cercle vicieux dans lequel les autorités de délivrance des licences poussent les responsabilités plus loin.

L’ETSA est désormais tenue de répondre à la lettre des parlementaires de l’UE dans un délai de deux mois. Pour eux, cependant, ce n’est que le début. Si nécessaire, le Parlement européen devra traiter l’affaire, et il est également possible de saisir la Cour de justice européenne.