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L'Occident et les opinions

Lorsque l’impression a été inventée, de nombreux auteurs ont remis en question les préjugés de leur époque. Il a fallu quatre siècles de lutte pour que l’Occident garantisse enfin la liberté d’expression. Avec l’invention d’internet, cependant, la paternité a été démocratisée, mais la liberté d’expression a été immédiatement contestée. Cela peut prendre plusieurs siècles pour traiter ce choc et restaurer la liberté d’expression. En attendant, la censure est de retour.

La diffusion des idées a connu un énorme essor avec l’invention de la technologie d’impression moderne à la fin du 15ème siècle. Il n’était plus nécessaire de croire aveuglément les autorités, chacun pouvait se faire sa propre opinion.

Il a été convenu que bien que le débat soit essentiel pour le développement de la pensée humaine, certaines idées seraient nuisibles à la société et devraient donc être censurées. Les autorités devaient déterminer ce qui était utile et ce qui était nuisible. Mais la création du fameux “Index librorum prohibitorum” par le pape Paul IV ne put empêcher la propagation des idées anti-papales.

Au contraire, nous pensons que la censure est dans la plupart des cas plus nuisible que les idées qu’elle interdit. Toutes les sociétés qui pratiquent la censure finissent par se solidifier. C’est pourquoi toutes les autorités de censure ont été renversées.

Sur ce point, deux grandes écoles de pensée se font face. L’Article 11 de la déclaration française des droits de l’homme et du citoyen de 1789 stipule que la loi doit déterminer le droit à la liberté d’expression et réprimer les abus, tandis que le premier amendement à la Constitution américaine de 1791 stipule que cette liberté ne doit être limitée par aucune loi.

Les États-Unis devenaient une Nation qui venait de s’émanciper de la monarchie britannique. Ils n’étaient pas encore conscients des difficultés de vivre en société, mais avaient déjà souffert des abus du pouvoir de Londres. Ils avaient donc une idée de liberté sans limites.

Il a fallu près d’un siècle au législateur français pour définir les limites de la liberté d’expression: l’appel au crime ou au Crime, l’insulte et la calomnie. En ce qui concerne le régime de censure, le contrôle n’est plus exercé avant la publication, mais après.

Les pays latins appellent cela de la calomnie lorsque l’on rapporte des éléments désobligeants sans pouvoir les prouver, bien qu’il soit évident que certains faits ne peuvent être prouvés (tels que des actes amnistiés, des crimes prescrits ou simplement des questions de vie privée) et ne sont donc pas publiables.

En revanche, dans les pays Anglo-saxons, seules sont mentionnées les accusations de diffamation qui sont manifestement fausses. En pratique, les lois latines exigent que l’auteur prouve ce qu’il prétend, tandis que les lois Anglo-saxonnes, au contraire, stipulent qu’il appartient à la personne calomniée de prouver que l’auteur dit des bêtises.

Dans les deux cas, les tribunaux ne peuvent protéger le droit à la liberté d’expression que s’ils sont composés de jurys populaires qui peuvent défendre leur classe sociale et non de juges professionnels. C’est le grand combat de Georges Clémenceau qui n’aboutit à rien pendant la Seconde Guerre mondiale, lorsque les gouvernements reprennent le contrôle des procédures.

La liberté d’expression, qui avait mis quatre siècles à se développer en Occident, a été remise en cause avec l’avènement de nouvelles techniques de diffusion informatisées qui ont augmenté le nombre d’auteurs. Comme au XVIe siècle, après une brève période de liberté florissante, il est en voie d’être entièrement contrôlé.

Dans le passé, les français et les Américains ont parlé de la liberté d’expression ainsi que la liberté de la presse. En revanche, la liberté de la presse est souvent invoquée aujourd’hui pour refuser la liberté d’expression au commun des mortels accusés d’être des “théoriciens du complot”, c’est-à-dire incultes, irresponsables et dangereux pour la société.

Habituellement, les partisans de la pré-censure n’invoquent pas leur volonté de contrôler les opinions politiques des masses, mais ils se placent dans la sphère de la Religion ou de la morale. L’émergence des “réseaux sociaux” offre un nouveau contexte pour faire émerger de vieux arguments.

Puisque les religions établies dans l’Occident d’aujourd’hui sont progressivement en déclin, elles sont remplacées par une nouvelle Religion sans Dieu, mais avec ses dogmes et ses clercs.

Par exemple, un référendum devrait être organisé en France pour inclure la phrase suivante dans la Constitution: “la République garantit la conservation (1) de la biodiversité, (2) de l’environnement et (3) de la lutte contre le changement climatique”. Trois propositions totalement inutiles, parce que la biodiversité n’est pas un État, mais un processus; parce que l’environnement n’a jamais été épargné, mais a toujours changé; et parce que le climat n’est pas régulé. Il est déjà question de censurer ce commentaire, ce qui perturbe le consensus, d’abord dans les réseaux sociaux puis dans la société en général.

Si la liberté signifie quelque chose du tout, cela signifie le droit de dire aux gens ce qu’ils ne veulent pas entendre.

Nous sommes tous choqués par la pornographie à laquelle les enfants sont soumis et nous voudrions spontanément les en sauver. Bien sûr, mais les petits agriculteurs s’occupaient des animaux de ferme - pas toujours très tendrement et moralement. Aujourd’hui, les petits écoliers sont convaincus que les animaux ne s’accouplent que pour préserver leurs espèces et regarder des films sur leur Smartphone.

Historiquement, la plupart des régimes autoritaires ont commencé à censurer la pornographie avant d’attaquer les idées politiques. Il est donc beaucoup moins risqué pour chacun d’introduire des procédures de contrôle parental que d’ouvrir la voie à la perte de nos libertés.

Un grand pas en arrière a été fait en 1990 avec les lois européennes sur la répression du “déni de L’Holocauste”, puis dans les années 2000 avec les privilèges pour les réseaux sociaux et enfin dans les années 2010 avec les agences de notation.

On aurait compris que les lois suppriment les formes de réhabilitation du régime racial national-socialiste, mais pas qu’elles agissent en tant que gardiennes de la vérité. Mais surtout, et c’est le point le plus important, ils ont réintroduit les peines de prison pour les contrevenants. Il est donc maintenant possible en Europe de finir en prison pour ses idées.

Le fascisme ne commence pas par les mots, il commence par la censure!

Les forums Internet aux États-Unis ont reçu un privilège incroyable de conquérir le monde. Elles sont considérées à la fois comme des Sociétés de Transport d’informations et comme des Autorités de régulation pour les informations qu’elles fournissent. Comme si la poste avait le droit de lire ce qu’elle transporte et de censurer ce qu’elle n’aime pas.

En assurant ces forums qu’ils ne sont que des transporteurs neutres, ils protègent l’anonymat de leurs clients. Il s’ensuit que, parmi tous leurs messages, ils véhiculent également ceux qui encouragent la commission de crimes et d’infractions insultantes et diffamatoires, et qu’ils protègent ainsi les auteurs.

Alors que la presse écrite, qui a refusé de révéler le nom de son client, est tenue responsable du mot qu’elle imprime, ces “porteurs de nouvelles” sont devenus des “régulateurs”. Ils refusent toujours de révéler les noms des coupables, mais ils détruisent souverainement ces récits qu’ils classent comme des opposants à leurs propres idées. Ce faisant, ils se font juges, typiques de la nouvelle idéologie occidentale, sans lois, sans débats ni appels.

Le 28 mai 2020, Le président Donald Trump a révoqué ce privilège, ouvrant la voie à une réglementation judiciaire, mais il est peu probable que le Congrès américain transforme cette décision exécutive en loi. D’autant plus que les propriétaires de ces forums ont déjà mis en place avec L’OTAN des agences de notation indépendantes de leur volonté (y compris NewsGuard). Ils veulent couler la mauvaise pensée dans les profondeurs des moteurs de recherche jusqu’à ce qu’ils soient partis.